Au XXe siècle, la création artistique semble définie par la rupture : vers libre, collage, abstraction, objets ordinaires exposés comme des œuvres. Pourtant, rompre suppose quelque chose avec quoi rompre, et les avant-gardes se cherchent souvent des ancêtres. Le second semestre, « L’humanité en question », s’ouvre sur cette question : qu’est-ce que créer, quand tout semble déjà fait ?

Une question sur ce cours ?
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Objectifs
- Définir création, tradition, modernité et avant-garde
- Comprendre la définition baudelairienne de la modernité
- Repérer les grandes ruptures artistiques du début du XXe siècle
- Discuter l’idée que toute création serait une rupture
1. Notions clés
Création : Faire exister quelque chose de nouveau. Au sens fort (théologique), créer à partir de rien ; au sens humain, transformer des matériaux, des formes et des héritages.
Tradition : Ensemble de formes, de règles et de modèles transmis (par exemple l’alexandrin, la perspective, la tonalité en musique).
Avant-garde : Terme militaire (la troupe qui marche en tête) appliqué aux mouvements qui revendiquent une rupture radicale : futurisme, dadaïsme, surréalisme.
2. Baudelaire, penseur de la modernité
« La modernité, c’est le transitoire, le fugitif, le contingent, la moitié de l’art, dont l’autre moitié est l’éternel et l’immuable. »
- La modernité n’efface pas l’éternel : elle est une moitié de l’art. Baudelaire pense donc à la fois rupture et continuité.
- L’artiste doit saisir la beauté de son temps : la foule, la ville, la mode.
- Dans « Le Voyage » (Les Fleurs du mal, 1861), le poète veut plonger « Au fond de l’Inconnu pour trouver du nouveau ! ».
- Rimbaud radicalise : « Il faut être absolument moderne. » (Une saison en enfer, 1873)
3. Les ruptures du début du XXe siècle
| Date | Œuvre ou mouvement | Rupture |
|---|---|---|
| 1909 | Manifeste du futurisme (Marinetti) | Culte de la vitesse et de la machine, rejet des musées |
| 1913 | Apollinaire, Alcools | Suppression de la ponctuation, modernité urbaine |
| 1915 | Malevitch, Carré noir | Abstraction radicale |
| 1916 | Dada à Zurich | Dérision de l’art et de la logique, au cœur de la guerre |
| 1917 | Duchamp, Fontaine | Un urinoir signé exposé comme œuvre (ready-made) |
| 1924 | Manifeste du surréalisme | Écriture automatique, exploration du rêve et de l’inconscient |
« Zone », poème d’ouverture d’Alcools (1913), commence par : « À la fin tu es las de ce monde ancien ». Apollinaire chante la tour Eiffel, les affiches, les automobiles. Mais le recueil garde aussi des formes anciennes (« Le Pont Mirabeau » est un poème régulier) : la rupture s’articule à la mémoire.
4. La création à l’épreuve de la technique
Dans L’Œuvre d’art à l’époque de sa reproductibilité technique (1935-1936), Walter Benjamin constate que la photographie et le cinéma transforment l’art : l’œuvre, reproduite en série, perd son aura, cette présence unique liée à un lieu et à une tradition. Il y voit une perte, mais aussi une démocratisation et une nouvelle fonction politique de l’art.
Aura (Benjamin) : Unicité de l’œuvre originale, ici et maintenant, qui lui confère une autorité presque sacrée.
5. Toute création est-elle rupture ?
Méthode : construire le débat
- Thèse 1 : créer, c’est rompre ; l’originalité est le critère moderne de la valeur (avant-gardes, Rimbaud).
- Thèse 2 : on ne crée pas à partir de rien ; toute œuvre reprend une langue, des formes, des modèles (Baudelaire : l’éternel est l’autre moitié de l’art).
- Dépassement : la création transforme l’héritage ; même la rupture devient tradition (le vers libre est aujourd’hui une forme classique).
La création est moins une table rase qu’une reprise transformatrice.
Nietzsche, dans Le Gai Savoir (1882), annonce que « Dieu est mort » : les valeurs héritées s’effondrent. Il ne reste plus de modèle absolu ; la création de valeurs devient la tâche de l’homme. Cette idée éclaire l’art du XXe siècle, qui doit inventer ses propres règles.
À retenir
- Créer, au sens humain, c’est transformer des héritages, non produire à partir de rien.
- Baudelaire : la modernité est le transitoire, la moitié de l’art ; l’autre moitié est l’éternel.
- Début du XXe siècle : futurisme, Apollinaire, abstraction, Dada, ready-made, surréalisme.
- Benjamin : la reproductibilité technique fait perdre à l’œuvre son aura.
- Toute rupture se définit par rapport à une tradition, et devient elle-même tradition.

Et maintenant, à toi !
Vérifie que tu as compris avec les exercices, puis révise avec la fiche.