À partir de la fin du XVIIIe siècle, la sensibilité n’est plus seulement une faiblesse à maîtriser : elle devient une source de vérité sur soi et sur le monde. Le romantisme fait du cœur, de la nature et de la mélancolie des matières littéraires ; Baudelaire, puis Proust, explorent les sensations et la mémoire. Que nous apprend ce que nous ressentons, et comment le dire ?

Une question sur ce cours ?
ULU, le tuteur d’ULUMINE, t’aide à partir de ce cours.
Objectifs
- Définir sensibilité, sentiment, émotion et sensation
- Connaître les grands thèmes de la sensibilité romantique
- Analyser l’expression lyrique d’un sentiment
- Comprendre le rôle des sensations et de la mémoire chez Baudelaire et Proust
1. Des mots pour le sensible
Sensibilité : Faculté d’être affecté : par les sens (sensations), par les émotions, par la beauté ou la souffrance d’autrui (compassion).
Sensation : Effet immédiat d’un objet sur les sens : une couleur, une odeur, un son.
Émotion et sentiment : L’émotion est vive et passagère (la peur, la joie) ; le sentiment est plus durable et réfléchi (l’amour, la mélancolie).
Lyrisme : Expression des sentiments personnels du poète, souvent à la première personne, avec une forte musicalité (à l’origine, chant accompagné de la lyre).
2. Rousseau, un précurseur
Dans les Rêveries du promeneur solitaire (écrites de 1776 à 1778, publiées en 1782), Rousseau décrit, dans la « Cinquième promenade », des heures passées au bord du lac de Bienne, sur l’île de Saint-Pierre. Bercé par le mouvement de l’eau, il éprouve le simple « sentiment de l’existence », un bonheur qui ne dépend de rien d’extérieur.
3. La sensibilité romantique
- Chateaubriand, René (1802) : le « vague des passions », l’ennui d’un jeune homme qui désire sans objet. « Levez-vous vite, orages désirés… »
- Lamartine, « Le Lac » (Méditations poétiques, 1820) : le poète revient seul au bord d’un lac où il fut heureux et supplie : « Ô temps ! suspends ton vol ! »
- Musset, La Confession d’un enfant du siècle (1836) : le « mal du siècle » d’une génération née trop tard pour la gloire napoléonienne. Dans « La Nuit de mai » : « Les plus désespérés sont les chants les plus beaux ».
- Hugo, Les Contemplations (1856) : le deuil de sa fille Léopoldine, noyée en 1843, transforme le lyrisme personnel en méditation universelle.
Analyser « Ô temps ! suspends ton vol ! »
- Forme : apostrophe (le poète s’adresse au temps personnifié), exclamations, impératif.
- Image : le temps a des ailes, il « vole » ; le poète voudrait l’arrêter.
- Sentiment : nostalgie et angoisse devant la fuite du bonheur.
- Portée : le désir d’éternité se heurte à la condition mortelle ; seule la nature et le poème gardent la mémoire de l’amour.
Le vers condense le thème lyrique de la fuite du temps et la volonté de le retenir par la parole poétique.
4. Baudelaire : correspondances et spleen
« Les parfums, les couleurs et les sons se répondent. »
- Les correspondances : les sensations se répondent entre elles (synesthésie) et renvoient à un monde spirituel caché.
- Le spleen : un ennui profond, une angoisse qui écrase le poète (« Quand le ciel bas et lourd pèse comme un couvercle »).
- L’idéal : l’élan vers la beauté et l’infini. La section « Spleen et Idéal » organise ce combat intérieur.
5. Proust : la mémoire des sens
Dans Du côté de chez Swann (1913), premier volume d’À la recherche du temps perdu, le narrateur goûte un morceau de madeleine trempé dans du thé : une joie immense l’envahit, puis tout Combray, la ville de son enfance, ressurgit. C’est la mémoire involontaire : une sensation présente fait revivre le passé, bien mieux que l’effort volontaire de se souvenir.
À retenir
- La sensibilité devient une source de connaissance de soi à partir de Rousseau.
- Romantisme : nature miroir de l’âme, mélancolie, fuite du temps (Chateaubriand, Lamartine, Musset, Hugo).
- Baudelaire : correspondances entre les sens, combat du spleen et de l’idéal.
- Proust : la mémoire involontaire fait revivre le passé par une sensation.

Et maintenant, à toi !
Vérifie que tu as compris avec les exercices, puis révise avec la fiche.