Humanités, littérature et philosophie (HLP) · Terminale

Se dire : l’écriture de soi

Écrire sur soi, c’est faire le pari qu’on peut se connaître et se faire connaître par les mots. Des Essais de Montaigne aux Confessions de Rousseau et aux mémoires du XIXe siècle, l’écriture de soi devient un genre majeur. Mais peut-on être sincère quand on se raconte ? Et le moi qui écrit est-il le même que celui qu’il décrit ?

Une question sur ce cours ?

ULU, le tuteur d’ULUMINE, t’aide à partir de ce cours.

Séance guidée avec ULU (≈ 10 min)Diagnostic, explication, exercices adaptés et bilan.

Objectifs

  • Distinguer autobiographie, mémoires, journal intime, autoportrait
  • Comprendre le projet de sincérité de Rousseau dans les Confessions
  • Identifier les limites de la connaissance de soi par l’écriture
  • Analyser le dédoublement entre le moi narrateur et le moi raconté

1. Les formes de l’écriture de soi

Pacte autobiographique : Engagement implicite de l’auteur envers le lecteur : l’auteur, le narrateur et le personnage principal sont la même personne, et il promet de dire la vérité. La notion a été théorisée par le critique Philippe Lejeune (1975).

2. Montaigne : se peindre soi-même

Montaigne, bien avant la période étudiée, ouvre la voie : il se prend pour objet d’étude, non par vanité, mais parce que chaque homme porte « la forme entière de l’humaine condition ». Son moi est changeant : il ne peint pas l’être, mais le « passage ». Les écrivains du XIXe siècle se réclament de lui.

3. Rousseau et le pari de la transparence

  • Projet inédit : se montrer tout entier, y compris dans ses fautes (le vol du ruban et l’accusation injuste de la servante Marion, au livre II).
  • Rousseau en appelle au jugement du lecteur et même de Dieu : le livre est aussi un plaidoyer contre ses ennemis.
  • L’enfance prend une importance nouvelle : la fessée de Mlle Lambercier ou l’injustice du peigne cassé expliquent, selon lui, des traits de son caractère.

4. Mémoires et souvenirs au XIXe siècle

  • Chateaubriand, Mémoires d’outre-tombe (publiés en 1848-1850, après sa mort) : le chant d’une grive à Montboissier fait renaître le domaine paternel de Combourg ; la vie personnelle se mêle à l’histoire de la Révolution et de l’Empire.
  • Stendhal, Vie de Henry Brulard (écrite en 1835-1836, publiée en 1890) : l’auteur s’interroge sans cesse sur ce qu’il a été, dessine des plans, avoue ses trous de mémoire.
  • George Sand, Histoire de ma vie (1854-1855) : récit d’une formation et d’une liberté de femme.

5. Peut-on se connaître en s’écrivant ?

  • Oui : écrire oblige à mettre en ordre sa vie, à chercher des causes, à se voir de l’extérieur.
  • Non : l’écriture met en scène, sélectionne, embellit ; on se construit un personnage. Nietzsche soupçonne la mémoire de céder à l’orgueil.
  • Autrement : l’écriture ne découvre pas un moi déjà là, elle le construit. Se dire, c’est se faire.

À retenir

  • Autobiographie, mémoires, journal intime et autoportrait sont quatre formes distinctes.
  • Montaigne : « Je suis moi-même la matière de mon livre » ; un moi changeant.
  • Rousseau veut se montrer tout entier, mais sincérité n’est pas vérité.
  • Le récit de soi joue sur deux « je » : celui qui écrit et celui qui est raconté.
  • L’écriture ne découvre pas seulement le moi : elle le construit.

Et maintenant, à toi !

Vérifie que tu as compris avec les exercices, puis révise avec la fiche.

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