Humanités, littérature et philosophie (HLP) · Terminale

Les métamorphoses du moi

Le sujet classique se pensait comme une substance stable : « je pense, donc je suis ». À partir du XIXe siècle, poètes, romanciers et philosophes découvrent un moi changeant, dédoublé, traversé de forces qu’il ne maîtrise pas. Le moi se métamorphose avec le temps, se dédouble dans le rêve ou la folie, se démultiplie dans l’écriture. Qui suis-je, si je ne cesse de devenir autre ?

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Séance guidée avec ULU (≈ 10 min)Diagnostic, explication, exercices adaptés et bilan.

Objectifs

  • Comprendre la remise en cause du moi comme substance stable
  • Analyser le dédoublement et l’altérité intérieure dans la littérature
  • Connaître les apports de Freud et de Bergson
  • Mobiliser ces références pour penser l’identité personnelle

1. Un moi stable ? Repères philosophiques

Identité personnelle : Ce qui fait que je reste la même personne à travers le temps, malgré les changements du corps, des idées et des sentiments.

  • Descartes (1641) : le moi est une chose qui pense, une substance dont l’existence est certaine.
  • Locke (1694) : l’identité personnelle repose sur la conscience et la mémoire.
  • Hume (1739) : en s’observant, on ne trouve qu’un faisceau de perceptions qui se succèdent, jamais un moi fixe.

2. « Je est un autre » : l’altérité intérieure

  • La grammaire volontairement fautive (« je est » au lieu de « je suis ») fait du « je » un objet, comme une troisième personne : le poète assiste à l’éclosion de sa pensée sans en être l’auteur.
  • Rimbaud veut se faire voyant par « un long, immense et raisonné dérèglement de tous les sens ».
  • Hugo, préface des Contemplations (1856) : « Ah ! insensé, qui crois que je ne suis pas toi ! » Le moi lyrique est aussi celui des autres.

3. Dédoublements : rêve, folie, double

  • Nerval, Aurélia (1855) : « Le Rêve est une seconde vie. » Le narrateur traverse la folie et rencontre son double.
  • Stevenson, L’Étrange Cas du docteur Jekyll et de M. Hyde (1886) : une potion libère en Jekyll un autre lui-même, violent.
  • Maupassant, Le Horla (version de 1887) : un journal intime où le narrateur se sent possédé par un être invisible.
  • Wilde, Le Portrait de Dorian Gray (1890) : le portrait vieillit et porte les fautes à la place du héros.

4. Freud et Bergson : deux révolutions du moi

Freud dans « Une difficulté de la psychanalyse » (1917) présente trois blessures infligées au narcissisme humain : Copernic (la Terre n’est pas au centre de l’univers), Darwin (l’homme descend de l’animal), la psychanalyse (le moi « n’est pas maître dans sa propre maison », traduction ULUMINE). Une part de notre vie psychique est inconsciente, refoulée.

Bergson, dans l’Essai sur les données immédiates de la conscience (1889), distingue un moi superficiel, fait d’habitudes sociales et de mots tout faits, et un moi profond, durée vivante où les états de conscience se fondent les uns dans les autres. Nous vivons le plus souvent à la surface de nous-mêmes.

5. Métamorphoses littéraires au XXe siècle

  • Kafka, La Métamorphose (1915) : Gregor Samsa se réveille transformé en insecte monstrueux ; sa famille le rejette peu à peu. Le corps change, mais qui est encore Gregor ?
  • Proust, À la recherche du temps perdu (1913-1927) : nous sommes faits de « moi » successifs ; quand un amour meurt, le moi qui aimait meurt avec lui.
  • Pessoa (mort en 1935) : il écrit sous plusieurs hétéronymes (Alberto Caeiro, Ricardo Reis, Álvaro de Campos), poètes inventés avec chacun leur biographie et leur style.
  • Virginia Woolf, Orlando (1928) : le héros traverse plusieurs siècles et change de sexe en cours de récit.

À retenir

  • Le moi substantiel (Descartes) est contesté dès Hume : faisceau de perceptions.
  • Rimbaud : « Je est un autre » ; l’altérité est au cœur du sujet.
  • Le double (Nerval, Stevenson, Maupassant, Wilde) figure la part cachée du moi.
  • Freud : le moi n’est pas maître dans sa propre maison ; Bergson : moi superficiel et moi profond.
  • Kafka, Proust, Pessoa, Woolf : un moi changeant, transformé ou multiple.

Et maintenant, à toi !

Vérifie que tu as compris avec les exercices, puis révise avec la fiche.

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