Avec les grandes découvertes, l’Europe rencontre des peuples dont elle ignorait l’existence. Ce choc oblige à se demander ce qu’est un « barbare », si toutes les coutumes se valent, et ce que le regard de l’autre révèle de nous-mêmes. De Montaigne à Diderot, la littérature et la philosophie transforment cette rencontre en réflexion critique.

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Objectifs
- Situer les grandes découvertes et leurs conséquences
- Définir ethnocentrisme, relativisme et universalisme
- Expliquer le retournement critique de Montaigne dans « Des cannibales » et « Des coches »
- Comprendre l’enjeu de la controverse de Valladolid
- Analyser le procédé du regard étranger (Montesquieu, Diderot)
1. Le choc des découvertes
- 1492 : Christophe Colomb atteint les Antilles en croyant rejoindre l’Asie.
- 1519-1522 : l’expédition de Magellan réalise le premier tour du monde.
- XVIe siècle : conquêtes espagnoles et portugaises, violence de la colonisation, effondrement démographique des populations amérindiennes.
- Récits de voyage : Jean de Léry, Histoire d’un voyage fait en la terre du Brésil (1578), décrit les Tupinamba avec une grande attention.
2. Trois attitudes face à la diversité
Ethnocentrisme : Tendance à juger les autres cultures à partir des normes de la sienne, tenue pour la mesure de toutes choses.
Relativisme culturel : Idée que les coutumes n’ont de sens qu’au sein de la culture qui les produit, et qu’il n’existe pas de point de vue supérieur pour les hiérarchiser.
Universalisme : Idée qu’il existe une nature humaine commune et des valeurs valables pour tous (dignité, justice), au nom desquelles on peut juger les pratiques.
3. Montaigne : qui est le barbare ?
Dans « Des cannibales » (Essais, I, 31), Montaigne s’appuie sur des témoignages au sujet des Indiens du Brésil. Il retourne l’accusation de barbarie : « chacun appelle barbarie ce qui n’est pas de son usage ». Il juge plus barbare de torturer un homme vivant, comme on le fait lors des guerres de Religion, que de manger un homme mort.
Le retournement critique
- Point de départ : les Européens jugent les cannibales barbares.
- Montaigne montre que ce jugement dépend de nos habitudes.
- Il compare les cruautés : celles de l’Europe ne sont pas moindres.
- La critique de l’autre devient critique de soi.
Le regard porté sur l’autre sert de miroir à la société européenne.
Dans « Des coches » (III, 6), il déplore la conquête violente de l’Amérique : « Notre monde vient d’en trouver un autre », mais au lieu d’échanger avec lui, on l’a pillé et détruit.
4. Les Lumières et le regard étranger
- Montesquieu, Lettres persanes (1721) : deux Persans décrivent Paris avec étonnement. La question des Parisiens, « Comment peut-on être Persan ? », révèle leur ethnocentrisme.
- Diderot, Supplément au voyage de Bougainville (écrit en 1772) : un vieillard tahitien maudit les Européens venus apporter la propriété et la corruption ; le dialogue entre Orou et l’aumônier interroge les règles morales européennes.
- Voltaire, Candide (1759), chapitre 19 : l’esclave de Surinam, mutilé, déclare : « C’est à ce prix que vous mangez du sucre en Europe. »
Rousseau, dans l’Essai sur l’origine des langues, résume la démarche : « Quand on veut étudier les hommes, il faut regarder près de soi ; mais pour étudier l’homme, il faut apprendre à porter sa vue au loin. »
À retenir
- Les grandes découvertes (1492, tour du monde de 1519-1522) provoquent un choc et des violences.
- Ethnocentrisme, relativisme et universalisme sont trois manières de penser la diversité.
- Montaigne : « chacun appelle barbarie ce qui n’est pas de son usage » ; critique de la conquête.
- Valladolid (1550-1551) : Las Casas contre Sepúlveda.
- Montesquieu et Diderot utilisent le regard étranger pour critiquer l’Europe.

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