Dans les cités grecques puis à Rome, savoir parler est une affaire de pouvoir : on plaide devant les tribunaux, on délibère à l’assemblée, on fait l’éloge des morts. Très tôt, les Anciens ont cherché à faire de la parole un art, c’est-à-dire un savoir-faire qui s’apprend : la rhétorique. Ce chapitre présente ses grands principes, d’Aristote à Quintilien.

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Objectifs
- Définir la rhétorique et situer sa naissance dans la cité antique
- Distinguer les trois genres du discours selon Aristote
- Identifier l’ethos, le pathos et le logos dans un discours
- Connaître les cinq étapes de l’art oratoire et les devoirs de l’orateur selon Cicéron
- Comprendre l’idéal de l’orateur comme homme de bien
1. La parole, propre de l’homme et de la cité
Dans la Politique, Aristote affirme que l’homme est un « animal politique » et que, seul parmi les animaux, il possède le logos (à la fois parole et raison). La simple voix (phônè) exprime le plaisir et la douleur ; le logos permet de dire l’utile et le nuisible, le juste et l’injuste. La parole fonde donc la vie commune.
Rhétorique : Art de bien parler en vue de persuader. Aristote la définit comme la faculté de découvrir, pour chaque sujet, ce qui est propre à persuader.
2. Les trois genres du discours (Aristote)
| Genre | Lieu et auditoire | Temps visé | Valeurs en jeu |
|---|---|---|---|
| Délibératif | Assemblée qui décide | Futur | Utile / nuisible |
| Judiciaire | Tribunal qui juge | Passé | Juste / injuste |
| Épidictique | Public d’une cérémonie | Présent | Beau / laid (éloge, blâme) |
Classer un discours
Un orateur demande aux citoyens de voter la construction d’une flotte pour se défendre.
- Qui écoute ? Une assemblée qui doit décider.
- Sur quel temps porte la décision ? Sur l’avenir de la cité.
- Quelles valeurs ? Ce qui est utile ou dangereux pour la cité.
C’est un discours délibératif.
3. Les trois moyens de persuader
- Ethos : l’image de l’orateur que construit son discours (sérieux, bienveillance, compétence) ; on croit plus volontiers quelqu’un qui paraît digne de confiance.
- Pathos : les émotions suscitées chez l’auditoire (pitié, colère, crainte, indignation).
- Logos : les arguments eux-mêmes, raisonnements et exemples, qui s’adressent à la raison.
4. Construire un discours : les cinq étapes
| Étape (latin) | Ce qu’on fait |
|---|---|
| Inventio (invention) | Trouver les arguments et les exemples |
| Dispositio (disposition) | Les ordonner : exorde, narration, confirmation, réfutation, péroraison |
| Elocutio (élocution) | Choisir les mots, les figures, le style |
| Memoria (mémoire) | Retenir son discours |
| Actio (action) | Le prononcer : voix, gestes, regard |
Quintilien (Ier siècle), dans l’Institution oratoire, reprend la formule attribuée à Caton l’Ancien : l’orateur est « un homme de bien habile à parler » (vir bonus dicendi peritus). La technique ne suffit pas : l’éloquence doit être au service du bien.
À retenir
- Rhétorique : art de persuader ; elle naît dans la cité démocratique et judiciaire.
- Aristote : genres délibératif (futur, utile), judiciaire (passé, juste), épidictique (présent, beau).
- Trois moyens de persuader : ethos, pathos, logos.
- Cicéron : instruire, plaire, émouvoir ; cinq étapes de l’inventio à l’actio.
- Quintilien : l’orateur idéal est un homme de bien habile à parler.

Et maintenant, à toi !
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