Héritiers de Cicéron et de Quintilien, les auteurs de la Renaissance et du XVIIe siècle repensent l’art de la parole. Montaigne se méfie de l’éloquence trop apprêtée, Pascal analyse les deux « entrées » de l’âme, Boileau fait de la clarté une exigence, et la conversation devient un art de vivre. Comment persuader sans tromper, et plaire sans flatter ?

Une question sur ce cours ?
ULU, le tuteur d’ULUMINE, t’aide à partir de ce cours.
Objectifs
- Distinguer convaincre et persuader
- Expliquer l’analyse de Pascal dans De l’art de persuader
- Comprendre l’idéal classique de clarté et de naturel
- Connaître l’art de la conversation et la figure de l’honnête homme
- Analyser les procédés de l’éloquence sacrée (sermon, oraison funèbre)
1. Convaincre et persuader
Convaincre : Amener quelqu’un à admettre une idée par des raisons et des preuves : on s’adresse à l’entendement (logos).
Persuader : Amener quelqu’un à adhérer et à agir en touchant aussi sa sensibilité, ses désirs, ses émotions (pathos).
Dans De l’art de persuader (vers 1658), Pascal distingue deux « entrées » par lesquelles les opinions sont reçues dans l’âme : l’entendement et la volonté. Il en conclut que « l’art de persuader consiste autant en celui d’agréer qu’en celui de convaincre », car les hommes se gouvernent souvent plus par caprice que par raison.
2. Montaigne : une parole naturelle
Dans les Essais (1580-1592), Montaigne se méfie de l’éloquence d’apparat, qui attire l’attention sur elle-même plutôt que sur les choses. Il écrit dans « De l’institution des enfants » : « Le parler que j’aime, c’est un parler simple et naïf, tel sur le papier qu’à la bouche. »
- « Naïf » signifie ici naturel, sans artifice.
- L’éducation doit former le jugement : mieux vaut « une tête bien faite que bien pleine ».
- Les Essais adoptent un style libre, proche de la conversation, où l’auteur se peint lui-même.
3. L’idéal classique : clarté, bon usage, conversation
- 1635 : fondation de l’Académie française, chargée de fixer la langue. Vaugelas (Remarques sur la langue française, 1647) définit le « bon usage » d’après la cour et les meilleurs auteurs.
- Boileau (Art poétique, 1674) : « Ce que l’on conçoit bien s’énonce clairement, / Et les mots pour le dire arrivent aisément. » La clarté du style suppose la clarté de la pensée.
- L’honnête homme : cultivé sans pédanterie, il sait converser avec agrément dans les salons.
- La Bruyère (Les Caractères, 1688) : « L’esprit de la conversation consiste bien moins à en montrer beaucoup qu’à en faire trouver aux autres. »
Interpréter la maxime de La Bruyère
- Repère l’opposition : « en montrer » / « en faire trouver aux autres ».
- Le brillant causeur qui veut briller est critiqué.
- Le bon interlocuteur met les autres en valeur : la conversation est un échange, pas une performance.
La parole sociale réussie est attentive à autrui : c’est une éthique autant qu’un art.
4. L’éloquence sacrée
Au XVIIe siècle, la chaire est l’un des grands lieux de l’éloquence. Bossuet prononce sermons et oraisons funèbres, discours d’éloge d’un défunt illustre (genre épidictique) qui conduisent à une méditation sur la vanité des grandeurs humaines.
À retenir
- Convaincre s’adresse à la raison ; persuader touche aussi la volonté et les émotions.
- Pascal : l’art de persuader consiste autant à agréer qu’à convaincre.
- Montaigne préfère un parler « simple et naïf » à l’éloquence d’apparat.
- Idéal classique : clarté (Boileau), bon usage (Vaugelas), conversation de l’honnête homme.
- L’oraison funèbre (Bossuet) relève du genre épidictique et vise l’édification.

Et maintenant, à toi !
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