Les sociétés se souviennent des guerres, mais de façons différentes selon les groupes : ce sont des mémoires, plurielles et parfois concurrentes. L’histoire, elle, est une démarche critique qui cherche à établir et expliquer les faits. Deux exemples le montrent : le débat sur les causes de la Première Guerre mondiale et les mémoires de la guerre d’Algérie.

Une question sur ce cours ?
ULU, le tuteur d’ULUMINE, t’aide à partir de ce cours.
Objectifs
- Distinguer histoire et mémoire
- Comprendre comment le débat historique sur les causes de 1914 a des implications politiques
- Identifier les groupes porteurs de mémoire de la guerre d’Algérie
- Expliquer le rôle de l’historien et de l’État face aux mémoires
1. Histoire et mémoire : deux rapports au passé
Mémoire : Souvenir vivant et affectif qu’un groupe (anciens combattants, rapatriés, victimes…) garde du passé. Elle est plurielle, sélective et peut évoluer.
Histoire : Reconstruction critique du passé par les historiens, à partir de sources confrontées, qui vise la vérité et l’explication. Elle est révisable selon les nouvelles sources.
| Mémoire | Histoire |
|---|---|
| Subjective, affective | Critique, distanciée |
| Portée par des groupes | Produite par des historiens |
| Peut entrer en concurrence avec d’autres mémoires | Cherche à établir des faits vérifiables |
2. Un débat historique et ses implications politiques : les causes de la Première Guerre mondiale
En 1919, l’article 231 du traité de Versailles impose à l’Allemagne et à ses alliés la responsabilité de la guerre. Les Allemands le vivent comme un « diktat » : la question des responsabilités devient un enjeu politique majeur dans l’entre-deux-guerres.
- Années 1920-1930 : chaque État publie des archives diplomatiques pour se disculper ; l’idée d’une responsabilité partagée progresse.
- 1961 : l’historien allemand Fritz Fischer soutient que l’Allemagne impériale avait des buts de guerre expansionnistes et porte une lourde responsabilité. Le débat, très vif, touche l’identité de la RFA.
- Depuis les années 2000 : des historiens insistent sur la responsabilité collective des dirigeants européens et sur l’enchaînement des alliances (Christopher Clark, Les Somnambules, 2012).
3. Mémoires et histoire d’un conflit : la guerre d’Algérie (1954-1962)
La guerre commence le 1er novembre 1954 (« Toussaint rouge ») et s’achève avec les accords d’Évian (18 mars 1962) puis l’indépendance de l’Algérie (5 juillet 1962). En France, on a longtemps parlé d’« événements » : ce n’est qu’en 1999 qu’une loi reconnaît officiellement l’expression « guerre d’Algérie ».
| Groupe | Mémoire |
|---|---|
| Appelés du contingent | Une guerre longtemps tue, parfois traumatisante |
| Pieds-noirs (Européens d’Algérie) | Le déracinement et l’exil de 1962 |
| Harkis (supplétifs algériens de l’armée française) | L’abandon et les massacres de 1962, l’accueil dans des camps en France |
| Algériens et immigrés | La lutte de libération, la répression (17 octobre 1961 à Paris) |
| État algérien | Une mémoire officielle glorifiant la lutte du FLN |
Ces mémoires sont souvent concurrentes. Le travail des historiens, l’ouverture progressive des archives et les gestes de l’État (rapport remis par l’historien Benjamin Stora en 2021, reconnaissances officielles) tentent de les apaiser.
À retenir
- La mémoire est plurielle et affective ; l’histoire est une démarche critique fondée sur les sources.
- L’article 231 (1919) puis la thèse de Fritz Fischer (1961) montrent que le débat sur 1914 est aussi politique.
- La guerre d’Algérie (1954-1962) a laissé des mémoires multiples et concurrentes.
- La loi de 1999 reconnaît officiellement l’expression « guerre d’Algérie ».

Et maintenant, à toi !
Vérifie que tu as compris avec les exercices, puis révise avec la fiche.