Histoire-géographie, géopolitique et sciences politiques (HGGSP) · Terminale

Histoire, mémoire et justice : juger les crimes de masse

Après les crimes de masse du XXᵉ siècle, il a fallu inventer des notions juridiques (crime contre l’humanité, génocide) et des tribunaux pour juger les coupables. La justice, l’histoire et la mémoire se croisent : les procès établissent des faits, donnent la parole aux victimes et participent à la construction des mémoires.

Une question sur ce cours ?

ULU, le tuteur d’ULUMINE, t’aide à partir de ce cours.

Séance guidée avec ULU (≈ 10 min)Diagnostic, explication, exercices adaptés et bilan.

Objectifs

  • Définir crime contre l’humanité et génocide dans le contexte de leur élaboration
  • Présenter le tribunal de Nuremberg et la justice pénale internationale (TPIY, CPI)
  • Comprendre la justice locale des tribunaux gacaca au Rwanda
  • Connaître les lieux et les formes de la mémoire du génocide des Juifs et des Tsiganes

1. Des notions juridiques nouvelles

Crime contre l’humanité : Atteinte grave commise dans le cadre d’une attaque généralisée ou systématique contre une population civile (meurtre, extermination, déportation…). La notion est appliquée pour la première fois au procès de Nuremberg (1945-1946). En France, ce crime est imprescriptible depuis 1964.

Génocide : Crime commis dans l’intention de détruire, en tout ou en partie, un groupe national, ethnique, racial ou religieux. Le mot est forgé en 1944 par le juriste Raphael Lemkin ; l’ONU adopte la convention sur le génocide le 9 décembre 1948.

2. Juger les crimes nazis : Nuremberg et après

Le Tribunal militaire international de Nuremberg (novembre 1945-octobre 1946), créé par les vainqueurs, juge les principaux dirigeants nazis pour quatre chefs d’accusation : complot, crimes contre la paix, crimes de guerre et crimes contre l’humanité. Douze accusés sont condamnés à mort.

3. Justice internationale et justice locale

Après les guerres de Yougoslavie, le Conseil de sécurité crée en 1993 le Tribunal pénal international pour l’ex-Yougoslavie (TPIY), à La Haye. Il juge des responsables politiques et militaires (dont Ratko Mladić, condamné en 2017) et qualifie de génocide le massacre de près de 8 000 hommes et adolescents musulmans à Srebrenica (juillet 1995). Il ferme en 2017. La Cour pénale internationale (CPI), permanente, est créée par le statut de Rome (1998) et fonctionne depuis 2002.

Au Rwanda, le génocide des Tutsi (avril-juillet 1994) fait environ 800 000 morts selon l’ONU. Face à des centaines de milliers de suspects, l’État s’appuie sur les gacaca, tribunaux villageois inspirés de la tradition, actifs de 2005 à 2012 : près de deux millions d’affaires y sont jugées. Ils favorisent aveux et réconciliation, mais sont critiqués pour leurs faibles garanties juridiques.

4. Objet conclusif : histoire et mémoires du génocide des Juifs et des Tsiganes

Les nazis assassinent environ 6 millions de Juifs (la Shoah) et plusieurs centaines de milliers de Tsiganes (Roms et Sintis). La mémoire de ces génocides s’est construite progressivement : d’abord peu audible après 1945, elle devient centrale à partir des années 1960-1970.

  • Lieux de mémoire : Auschwitz-Birkenau (patrimoine mondial depuis 1979), Yad Vashem à Jérusalem (1953), le Mémorial de la Shoah à Paris (2005), le camp d’internement des « nomades » de Montreuil-Bellay.
  • Reconnaissance : en 1995, le président Jacques Chirac reconnaît la responsabilité de l’État français dans la déportation des Juifs (rafle du Vél’ d’Hiv, juillet 1942). En 2016, l’État reconnaît sa responsabilité dans l’internement des nomades.
  • Littérature et cinéma : Primo Levi, Si c’est un homme (1947) ; Alain Resnais, Nuit et brouillard (1956) ; Claude Lanzmann, Shoah (1985).
  • Le 27 janvier, anniversaire de la libération d’Auschwitz (1945), est la journée internationale de commémoration (ONU, 2005).

À retenir

  • Crime contre l’humanité (Nuremberg, 1945) et génocide (Lemkin 1944, convention ONU 1948) sont des notions nées des crimes nazis.
  • La justice pénale internationale se développe : Nuremberg, TPIY (1993-2017), CPI (2002).
  • Au Rwanda, les gacaca (2005-2012) ont jugé localement près de deux millions d’affaires.
  • La mémoire des génocides des Juifs et des Tsiganes s’est construite par étapes : procès, lieux, reconnaissances, œuvres.

Et maintenant, à toi !

Vérifie que tu as compris avec les exercices, puis révise avec la fiche.

À découvrir aussi

Terminale · Histoire-géographie, géopolitique et sciences politiques (HGGSP)

La conquête de l’espace : rivalités de puissance et coopérations

De Spoutnik à la station spatiale internationale : la course à l’espace, les nouveaux acteurs et les coopérations. Cours, exercices et fiche d’HGGSP en Terminale.

Terminale · Histoire-géographie, géopolitique et sciences politiques (HGGSP)

Les océans, espaces de puissance et de coopération : de Montego Bay à la Chine

Dissuasion, ZEE, convention de Montego Bay, accord BBNJ et ambitions chinoises : les océans comme espaces de conquête. Cours et exercices d’HGGSP en Terminale.

Terminale · Histoire-géographie, géopolitique et sciences politiques (HGGSP)

Faire la guerre : de Clausewitz aux guerres irrégulières

La guerre comme continuation de la politique selon Clausewitz, de la guerre de Sept Ans à Napoléon, puis à l’épreuve d’Al-Qaïda et Daech. HGGSP Terminale.