Qu’est-ce qui sépare l’homme de l’animal ? La parole, la raison, la liberté ? Ou bien la frontière est-elle moins nette qu’on ne le croit ? De Montaigne, qui se demande si sa chatte ne se joue pas de lui, à Descartes, qui fait des bêtes des machines, puis à Rousseau, qui fonde la pitié sur la sensibilité commune, la question engage notre idée de l’homme et la façon dont nous traitons les animaux.

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Objectifs
- Connaître la définition aristotélicienne de l’homme par le logos
- Expliquer la critique de la présomption humaine par Montaigne
- Comprendre la thèse de l’animal-machine et ses critères (Descartes)
- Analyser les objections de La Fontaine et de Voltaire
- Comprendre la perfectibilité et la sensibilité chez Rousseau
1. L’homme, animal doué de logos
Pour Aristote, l’homme est un animal, mais un animal politique doué de logos (parole et raison). La tradition en tire une définition : l’homme est un « animal raisonnable ». La différence est de degré dans le vivant, mais de nature quant à la raison.
2. Montaigne : abaisser l’orgueil humain
Dans l’« Apologie de Raymond Sebond » (Essais, II, 12), Montaigne s’attaque à l’orgueil de l’homme : « La présomption est notre maladie naturelle et originelle. » Il accumule les exemples d’animaux habiles, prévoyants, capables de communiquer.
Il écrit : « Quand je me joue à ma chatte, qui sait si elle passe son temps de moi plus que je ne fais d’elle ? » Le renversement des points de vue montre que nous ne connaissons pas l’intérieur de l’animal et que notre supériorité n’est pas évidente.
3. Descartes et l’animal-machine
Dans la cinquième partie du Discours de la méthode (1637), Descartes soutient que le corps des animaux fonctionne comme une machine très perfectionnée, sans pensée. Il propose deux critères pour reconnaître la pensée :
- Le langage : les pies et les perroquets peuvent proférer des paroles, mais pas les arranger pour exprimer leurs pensées en réponse à ce qu’on leur dit ; or même l’homme le plus limité en est capable.
- L’action : les animaux réussissent parfois mieux que nous dans certaines tâches, mais échouent dans d’autres ; ils n’agissent donc pas par connaissance, mais par la disposition de leurs organes.
Comprendre le critère du langage
- Un perroquet répète « bonjour » : il émet des sons appris.
- Mais il ne compose pas de phrase nouvelle adaptée à une question imprévue.
- Pour Descartes, seule la pensée permet ce langage inventif.
La différence entre l’homme et l’animal est de nature, non de degré.
4. Les objections : sensibilité et perfectibilité
- La Fontaine, dans le « Discours à Madame de La Sablière » (Fables, livre IX, 1679), conteste avec humour la thèse cartésienne en racontant des ruses d’animaux qui semblent supposer une forme de jugement.
- Voltaire, article « Bêtes » du Dictionnaire philosophique (1764) : « Quelle pitié, quelle pauvreté, d’avoir dit que les bêtes sont des machines privées de connaissance et de sentiment ! » Il dénonce la cruauté de ceux qui dissèquent un chien vivant.
- Rousseau, Discours sur l’origine de l’inégalité (1755) : il voit dans tout animal « une machine ingénieuse », mais l’homme se distingue par sa qualité d’agent libre et par la perfectibilité, faculté de se perfectionner, et aussi de se dégrader.
Rousseau fonde aussi nos devoirs envers les animaux sur la sensibilité : si je ne dois pas faire de mal à mon semblable, c’est moins parce qu’il est un être raisonnable que parce qu’il est un être sensible ; les bêtes, sensibles elles aussi, ont donc droit à ne pas être maltraitées inutilement.
À retenir
- Aristote : l’homme est un animal politique doué de logos.
- Montaigne : la présomption humaine ; l’exemple de la chatte renverse les points de vue.
- Descartes (1637) : l’animal-machine ; critères du langage et de l’action.
- La Fontaine et Voltaire contestent l’animal-machine ; Voltaire dénonce la cruauté.
- Rousseau : liberté et perfectibilité distinguent l’homme ; la sensibilité fonde des devoirs envers l’animal.

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