Humanités, littérature et philosophie (HLP) · Première

Les séductions de la parole

La parole ne se contente pas d’informer ou de prouver : elle charme. Le chant des Sirènes attire les marins vers la mort, le flatteur obtient ce qu’il veut, le séducteur promet ce qu’il ne tiendra pas. Mais la parole qui séduit peut aussi sauver, comme celle de Shéhérazade. Faut-il se défier de ce pouvoir de séduction, ou peut-on le mettre au service du vrai ?

Une question sur ce cours ?

ULU, le tuteur d’ULUMINE, t’aide à partir de ce cours.

Séance guidée avec ULU (≈ 10 min)Diagnostic, explication, exercices adaptés et bilan.

Objectifs

  • Comprendre le pouvoir de la parole sur l’âme selon Gorgias
  • Expliquer la critique de la rhétorique dans le Gorgias de Platon
  • Analyser les mécanismes de la flatterie (La Fontaine)
  • Étudier la parole du séducteur au théâtre (Molière)
  • Réfléchir aux usages heureux de la séduction : le récit, la poésie

1. Charmes et enchantements : les figures mythiques

  • Les Sirènes (Odyssée, chant XII) : leur chant promet le savoir et attire les marins vers la mort. Ulysse bouche de cire les oreilles de ses compagnons et se fait attacher au mât pour l’écouter sans danger.
  • Orphée : son chant charme les bêtes, les arbres et jusqu’aux dieux des Enfers.
  • Shéhérazade (Les Mille et Une Nuits, traduites en français par Galland à partir de 1704) : en racontant chaque nuit une histoire laissée en suspens, elle retarde sa mort et finit par sauver sa vie.

2. Gorgias et Platon : la parole comme drogue

Dans l’Éloge d’Hélène, le sophiste Gorgias veut innocenter Hélène : si c’est la parole qui l’a persuadée de suivre Pâris, elle n’est pas coupable, car « le discours est un grand tyran ». Il compare l’effet de la parole sur l’âme à celui des drogues (pharmaka) sur le corps : elle peut apaiser, effrayer, enhardir ou ensorceler.

Dans le dialogue Gorgias, Platon répond : la rhétorique produit de la croyance sans savoir. Elle est une forme de flatterie, qui vise le plaisir et non le bien.

3. La flatterie et la séduction trompeuse

Dans « Le Corbeau et le Renard » (Fables, livre I, 1668), La Fontaine montre un flatteur qui obtient le fromage en louant le plumage et la voix du corbeau. La morale est explicite : « Apprenez que tout flatteur / Vit aux dépens de celui qui l’écoute. »

Au théâtre, Molière met en scène des séducteurs : Dom Juan (1665) promet le mariage à deux paysannes en même temps et proclame que « tout le plaisir de l’amour est dans le changement » ; Tartuffe se sert d’un langage dévot pour duper Orgon. La parole devient un masque.

4. Une séduction heureuse ?

  • Le plaisir du récit : Shéhérazade montre que la parole qui captive peut désarmer la violence.
  • La poésie amoureuse : chez Ronsard (« Mignonne, allons voir si la rose… »), la séduction passe par la beauté des images et l’invitation à saisir le temps présent.
  • L’instruction agréable : La Fontaine dit se servir d’animaux « pour instruire les hommes » ; la fable plaît pour mieux faire réfléchir.

À retenir

  • Mythes : les Sirènes et Orphée montrent la puissance du chant ; Shéhérazade, la parole qui sauve.
  • Gorgias : « le discours est un grand tyran », il agit sur l’âme comme une drogue.
  • Platon : la rhétorique produit la croyance sans le savoir ; c’est une flatterie (cuisine / médecine).
  • La Fontaine : tout flatteur vit aux dépens de celui qui l’écoute ; Molière : Dom Juan, Tartuffe.
  • La séduction peut aussi servir le plaisir de l’art et l’instruction.

Et maintenant, à toi !

Vérifie que tu as compris avec les exercices, puis révise avec la fiche.

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