Pourquoi écrire sa propre vie ? Pour se comprendre, se justifier, témoigner, garder une trace de ce qui disparaît. Ce questionnement du programme de 3e invite à découvrir les formes de l’écriture de soi et à réfléchir à leurs enjeux, de Montaigne à nos jours.
Objectifs
- Définir l’autobiographie et le pacte autobiographique
- Distinguer les différentes formes de l’écriture de soi
- Repérer le double « je » : narrateur adulte et enfant qu’il était
- Comprendre les enjeux de l’écriture de soi
1. Qu’est-ce qu’une autobiographie ?
Autobiographie : Récit rétrospectif en prose qu’une personne réelle fait de sa propre existence, en mettant l’accent sur sa vie individuelle et l’histoire de sa personnalité. C’est la définition proposée par le critique Philippe Lejeune (Le Pacte autobiographique, 1975).
Pacte autobiographique : Engagement de l’auteur envers le lecteur : il affirme que l’auteur, le narrateur et le personnage principal sont la même personne et promet de dire la vérité (sa vérité).
Le texte fondateur souvent cité est Les Confessions de Jean-Jacques Rousseau, publiées après sa mort, qui s’ouvrent sur cette phrase : « Je forme une entreprise qui n’eut jamais d’exemple, et dont l’exécution n’aura point d’imitateur. » Avant lui, Montaigne écrivait déjà dans l’avis « Au lecteur » de ses Essais : « je suis moi-même la matière de mon livre ».
2. Les formes de l’écriture de soi
| Forme | Caractéristiques | Exemples d’œuvres |
|---|---|---|
| Autobiographie | récit de sa vie, souvent centré sur l’enfance et la formation | Rousseau, Les Confessions ; Sartre, Les Mots (1964) ; Sarraute, Enfance (1983) |
| Mémoires | récit de sa vie en lien avec les événements historiques dont on a été témoin | Chateaubriand, Mémoires d’outre-tombe |
| Journal intime | notes datées, écrites au jour le jour, sans recul | Journal d’Anne Frank |
| Témoignage | récit d’une expérience vécue pour la faire connaître | Primo Levi, Si c’est un homme |
| Autofiction | mélange assumé de faits réels et d’éléments inventés | terme proposé par Serge Doubrovsky (1977) |
| Autoportrait | représentation de soi en peinture, photographie ou par écrit | nombreux autoportraits de Rembrandt ou de Van Gogh |
3. Les procédés de l’écriture de soi
- Le double « je » : le narrateur adulte (je narrant) commente les actions de l’enfant qu’il était (je narré). On les distingue par les temps : présent d’énonciation pour l’adulte, temps du passé pour l’enfant.
- Les marques de la mémoire : « je me souviens », « il me semble », hésitations, aveux d’oubli.
- Le regard rétrospectif : jugement, humour, émotion, regret de l’adulte sur son passé.
- Le portrait de soi et des proches, les lieux et les objets de l’enfance.
Repérer le double « je » (exemple rédigé pour l’exercice)
« J’avais huit ans et je croyais que mon père savait tout. Je sais aujourd’hui combien il doutait. »
- « J’avais », « je croyais » : imparfait, l’enfant vit la scène (je narré).
- « Je sais aujourd’hui » : présent d’énonciation, l’adulte juge avec recul (je narrant).
4. Pourquoi se raconter ?
- Se connaître : comprendre qui l’on est devenu.
- Se justifier : répondre à des critiques, se défendre (c’est un projet de Rousseau).
- Témoigner : transmettre une expérience historique pour qu’elle ne soit pas oubliée.
- Garder une trace : faire revivre des êtres et des lieux disparus.
- Partager une expérience universelle : le lecteur se reconnaît dans le récit d’un autre.
À retenir
- Pacte autobiographique : auteur = narrateur = personnage principal.
- Formes : autobiographie, mémoires, journal intime, témoignage, autofiction, autoportrait.
- Double « je » : l’adulte qui écrit et l’enfant qu’il était.
- Enjeux : se comprendre, se justifier, témoigner, transmettre.

Et maintenant, à toi !
Vérifie que tu as compris avec les exercices, puis révise avec la fiche.