Certaines paroles ne se contentent pas de dire : elles commandent, engagent, jugent ou fondent. La parole d’un dieu, d’un roi, d’un maître ou d’un juge s’impose sans avoir à se justifier à chaque fois. D’où vient cette autorité ? Faut-il s’y soumettre, ou la soumettre au jugement ? De l’Antiquité à l’âge classique, les textes explorent ces questions.

Une question sur ce cours ?
ULU, le tuteur d’ULUMINE, t’aide à partir de ce cours.
Objectifs
- Distinguer autorité, pouvoir et persuasion
- Identifier les sources de l’autorité d’une parole : sacré, savoir, loi, engagement
- Comprendre la critique de l’argument d’autorité (Montaigne, Pascal)
- Analyser la parole qui agit : promesse, serment, verdict
- Réfléchir au franc-parler face au pouvoir (Socrate, La Boétie)
1. Qu’est-ce qu’une parole qui fait autorité ?
Autorité : Capacité à obtenir l’adhésion ou l’obéissance sans contrainte ni démonstration, en vertu d’une légitimité reconnue (le sacré, le savoir, la fonction, la tradition).
| Mode | Comment on obtient l’adhésion | Exemple |
|---|---|---|
| Force | Par la contrainte | Une menace |
| Persuasion | Par des arguments ou des émotions | Un plaidoyer |
| Autorité | Par une légitimité reconnue | La parole d’un juge ou d’un maître |
2. La parole sacrée et la parole du maître
- Parole divine : dans la Genèse, Dieu crée en parlant (« Que la lumière soit ») ; l’Évangile de Jean s’ouvre sur « Au commencement était le Verbe ». La parole est ici puissance créatrice.
- Oracle : à Delphes, la Pythie transmet la parole d’Apollon, souvent obscure, qu’il faut interpréter.
- Parole du maître : les disciples de Pythagore répétaient « Il l’a dit lui-même » ; l’argument d’autorité tient une idée pour vraie parce qu’un maître l’a dite.
Montaigne critique cette soumission dans « De l’institution des enfants » : le maître doit faire passer toute chose « par l’étamine » (le tamis) du jugement de l’élève, et ne rien loger dans sa tête « par simple autorité et à crédit ».
Pascal (Préface sur le Traité du vide, vers 1651) distingue les domaines : en histoire ou en théologie, qui reposent sur des textes et des témoignages, l’autorité a sa place ; en physique et en géométrie, qui relèvent du raisonnement et de l’expérience, elle est inutile.
3. La parole qui engage et qui agit
Certaines paroles accomplissent ce qu’elles disent : promettre, jurer, condamner, nommer. On parle d’énoncés performatifs. Leur force dépend de celui qui parle et du cadre (un juge au tribunal, un témoin sous serment).
Pour Montaigne (« Des menteurs »), « nous ne sommes hommes, et ne nous tenons les uns aux autres que par la parole ». Mentir ou trahir sa parole détruit le lien social : la confiance dans la parole donnée fonde la société.
Reconnaître une parole performative
« Je vous déclare coupable », prononcé par le président d’un tribunal.
- La phrase ne décrit pas un fait : elle le crée (l’accusé devient condamné).
- Elle n’a cet effet que dans un cadre légitime (le tribunal, le juge).
- Dite par un passant, elle serait sans effet.
L’autorité de la parole tient à une institution reconnue.
4. Résister par la parole
- Antigone (Sophocle, Ve siècle av. J.-C.) oppose aux ordres de Créon, qui interdit d’enterrer son frère, les lois non écrites des dieux : une parole contre une autre.
- Socrate, dans l’Apologie de Platon, se défend devant ses juges en refusant de flatter le tribunal ; il pratique le franc-parler (parrêsia) au risque de sa vie.
- La Boétie, dans le Discours de la servitude volontaire (XVIe siècle), montre que le tyran n’a de pouvoir que celui qu’on lui donne : « Soyez résolus de ne servir plus, et vous voilà libres. »
À retenir
- L’autorité obtient l’adhésion sans force ni démonstration, grâce à une légitimité reconnue.
- Sources : le sacré, le savoir du maître, la loi, l’institution, la parole donnée.
- Montaigne et Pascal critiquent l’argument d’autorité là où le jugement et la raison doivent décider.
- Les énoncés performatifs (promettre, juger) agissent ; Montaigne : la parole fonde le lien humain.
- Antigone, Socrate et La Boétie font de la parole une force de résistance.

Et maintenant, à toi !
Vérifie que tu as compris avec les exercices, puis révise avec la fiche.