L’État lève des impôts, fait des lois, rend la justice, dispose d’une police et d’une armée. Pourquoi lui obéir ? Est-il naturel ou né d’une convention ? Protège-t-il notre liberté ou la menace-t-il ? Quelles limites doit-il respecter ?

Une question sur ce cours ?
ULU, le tuteur d’ULUMINE, t’aide à partir de ce cours.
Objectifs
- Définir l’État et le distinguer de la société et du gouvernement
- Comprendre les théories du contrat social (Hobbes, Locke, Rousseau)
- Distinguer pouvoir, autorité et légitimité
- Connaître des critiques de l’État et réfléchir à ses limites
1. Définir l’État
État : Institution qui exerce le pouvoir politique souverain sur une population et un territoire, par le moyen de lois et d’administrations durables.
Max Weber (Le Savant et le Politique, conférence de 1919) définit l’État comme la communauté humaine qui, sur un territoire donné, revendique avec succès le monopole de la violence physique légitime.
- Société : ensemble des relations entre individus (économiques, familiales, culturelles).
- Gouvernement : ceux qui dirigent l’État à un moment donné ; ils passent, l’État demeure.
- Repère public / privé : l’État a en charge la sphère publique ; la question est de savoir jusqu’où il peut intervenir dans la vie privée.
2. Nature ou convention ?
Pour Aristote (Politique, livre I), l’homme est par nature un animal politique : la cité est naturelle, car elle seule permet à l’homme de vivre bien et de réaliser sa nature. Les penseurs modernes du contrat social soutiennent au contraire que l’État naît d’une convention entre individus.
| Auteur | État de nature | Contrat et État |
|---|---|---|
| Hobbes (Léviathan, 1651) | Guerre de chacun contre chacun ; vie misérable et brève, peur de la mort violente | Chacun transfère son droit à un souverain absolu qui garantit la paix et la sécurité |
| Locke (Second traité du gouvernement civil, 1690) | Relativement paisible, mais sans juge impartial ; droits naturels (vie, liberté, biens) | L’État protège ces droits ; s’il les viole, le peuple peut lui résister |
| Rousseau (Du contrat social, 1762) | Homme indépendant et sans malice ; c’est la société qui corrompt | Chacun s’unit à tous et obéit à la volonté générale : il reste aussi libre qu’avant |
3. Pouvoir et légitimité
- Rousseau : le plus fort n’est jamais assez fort pour être toujours le maître s’il ne transforme sa force en droit ; la force ne fait pas le droit.
- Weber distingue trois types de domination légitime : traditionnelle, charismatique, légale-rationnelle.
- Montesquieu (De l’esprit des lois, 1748) : pour éviter l’abus, il faut que le pouvoir arrête le pouvoir, d’où la distribution des puissances législative, exécutive et judiciaire.
- Machiavel (Le Prince, écrit vers 1513) : la politique a sa logique propre ; le prince doit savoir être craint et, si nécessaire, ne pas être bon pour conserver l’État.
4. Critiques et limites de l’État
- Marx et Engels : l’État serait l’instrument de domination d’une classe sur une autre ; dans une société sans classes, il serait appelé à dépérir.
- Tocqueville (De la démocratie en Amérique, 1835-1840) : la démocratie peut engendrer la tyrannie de la majorité et un pouvoir tutélaire doux qui infantilise les citoyens.
- Arendt (Les Origines du totalitarisme, 1951) : le totalitarisme cherche à détruire toute sphère privée et toute pluralité, par l’idéologie et la terreur.
- Hegel (Principes de la philosophie du droit, 1820) : à l’inverse, l’État est la réalisation de la liberté rationnelle, au-delà des intérêts particuliers de la société civile.
À retenir
- Weber : monopole de la violence physique légitime.
- Aristote : la cité est naturelle ; contractualistes : l’État naît d’une convention.
- Hobbes (sécurité), Locke (droits naturels), Rousseau (volonté générale).
- La force ne fait pas le droit : question de la légitimité.
- Critiques : Marx, Tocqueville ; Arendt sur le totalitarisme.

Et maintenant, à toi !
Vérifie que tu as compris avec les exercices, puis révise avec la fiche.