Sous la Troisième République, la France se dote du deuxième empire colonial du monde, après celui du Royaume-Uni. Les républicains justifient la colonisation au nom de la puissance et d’une prétendue « mission civilisatrice ». Mais l’empire repose sur la domination et l’inégalité : les colonisés sont des sujets, pas des citoyens, ce qui contredit les principes républicains.

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Objectifs
- Connaître les étapes de la constitution de l’empire colonial
- Comprendre les justifications et les débats sur la colonisation
- Décrire le fonctionnement des sociétés coloniales
- Analyser la contradiction entre principes républicains et réalité coloniale
1. La construction de l’empire
| Territoire | Date | Statut |
|---|---|---|
| Algérie | Conquête à partir de 1830 | Départements français (à partir de 1848), colonie de peuplement |
| Tunisie | 1881 | Protectorat |
| Indochine | 1858-1887 (Union indochinoise en 1887) | Colonies et protectorats |
| Afrique-Occidentale française (AOF) | 1895 | Fédération de colonies |
| Madagascar | 1896 | Colonie |
| Afrique-Équatoriale française (AEF) | 1910 | Fédération de colonies |
| Maroc | 1912 | Protectorat |
En 1914, l’empire couvre environ 10 millions de km², soit près de vingt fois la superficie de la métropole. Les rivalités coloniales sont fortes : en 1898, à Fachoda (Soudan), Français et Britanniques frôlent l’affrontement.
Protectorat : Territoire qui conserve en apparence son souverain et ses institutions, mais où la puissance coloniale contrôle la politique extérieure, l’armée et l’essentiel de l’administration.
2. Justifier et contester la colonisation
- Arguments économiques : matières premières, débouchés pour l’industrie.
- Arguments politiques : restaurer la puissance française après la défaite de 1870, rivaliser avec le Royaume-Uni.
- Argument « civilisateur » : dans un discours à la Chambre en juillet 1885, Jules Ferry affirme que les « races supérieures » auraient le devoir de civiliser les « races inférieures ». Ce discours repose sur des idées racistes alors largement partagées.
La propagande coloniale diffuse ces idées en métropole : manuels scolaires, cartes, Expositions (Marseille, 1906), « villages » de colonisés exhibés dans des zoos humains.
3. Des sociétés coloniales inégalitaires
- Statuts inégaux : les Européens sont citoyens ; la plupart des colonisés sont des sujets soumis au code de l’indigénat (sanctions sans jugement, travail forcé, impôts spécifiques).
- Exceptions : le décret Crémieux (1870) accorde la citoyenneté aux juifs d’Algérie ; les habitants des « Quatre communes » du Sénégal votent et élisent en 1914 Blaise Diagne, premier député africain noir.
- Exploitation économique : expropriations de terres en Algérie, grandes concessions en Afrique équatoriale, cultures d’exportation.
- Encadrement : écoles et dispensaires, mais pour une minorité seulement ; missions religieuses.
Code de l’indigénat : Ensemble de règles appliquées aux seuls colonisés, d’abord en Algérie (1881) puis dans d’autres colonies, permettant à l’administration de les punir sans jugement.
4. Résistances et violences
La conquête suscite de nombreuses résistances : l’émir Abd el-Kader en Algérie (reddition en 1847), l’insurrection kabyle de 1871, l’almamy Samory Touré en Afrique de l’Ouest (capturé en 1898), l’insurrection malgache de 1896-1897. Elles sont réprimées avec une grande violence.
À retenir
- La Troisième République constitue le deuxième empire colonial du monde (Afrique, Indochine, Madagascar).
- La colonisation est justifiée par la puissance, l’économie et une prétendue « mission civilisatrice ».
- Les colonisés sont des sujets soumis au code de l’indigénat, non des citoyens.
- Les résistances sont nombreuses et durement réprimées.

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