« C’est injuste ! » : le sentiment d’injustice est l’un des plus vifs qui soient. Mais qu’est-ce que la justice ? Est-elle ce que disent les lois ou une exigence supérieure aux lois ? Être juste, est-ce traiter tout le monde de la même façon ? Et pourquoi être juste si l’on pouvait être injuste impunément ?

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ULU, le tuteur d’ULUMINE, t’aide à partir de ce cours.
Objectifs
- Distinguer la justice comme vertu, comme idéal et comme institution
- Distinguer légal et légitime, droit naturel et droit positif
- Comprendre la justice distributive, la justice corrective et l’équité
- Connaître les conceptions de Platon, Aristote, Pascal et Rawls
1. Trois sens de la justice
La justice comme vertu : Disposition morale à respecter les droits d’autrui et à rendre à chacun ce qui lui est dû.
La justice comme idéal : Exigence d’un ordre juste, qui sert à juger les lois elles-mêmes.
La justice comme institution : Ensemble des tribunaux et des procédures qui appliquent le droit.
| Droit positif | Droit naturel |
|---|---|
| Ensemble des lois effectivement en vigueur dans un État | Droits que l’on attribue à tout être humain du seul fait qu’il est humain |
| Varie selon les lieux et les époques | Se veut universel |
| Ce qui est légal | Invoqué comme critère du légitime (son existence est discutée : Hobbes ou les positivistes la contestent) |
2. Pourquoi être juste ?
Dans la République (livre II), Platon rapporte le mythe de l’anneau de Gygès : un berger découvre un anneau qui le rend invisible ; il en profite pour commettre des injustices et s’emparer du pouvoir. Glaucon en conclut que personne n’est juste volontairement, mais seulement par peur du châtiment. Toute la République cherche à montrer, contre cette thèse, que la justice est un bien pour l’âme elle-même : l’homme juste est celui dont l’âme est en harmonie.
Dans le Gorgias, Socrate soutient même qu’il vaut mieux subir l’injustice que la commettre.
3. Égalité et équité : Aristote
- Justice corrective (ou commutative) : égalité arithmétique dans les échanges et réparations (une chose vaut son prix ; le dommage est réparé à hauteur du préjudice).
- Justice distributive : égalité proportionnelle ; on répartit honneurs et biens selon le mérite ou la contribution de chacun.
- Équité (Éthique à Nicomaque, livre V) : la loi est générale et ne peut prévoir tous les cas ; l’équité corrige la loi là où sa généralité la rend injuste dans un cas particulier.
4. Justice, force et institutions
- Pascal (Pensées) : la justice sans la force est impuissante, la force sans la justice est tyrannique ; ne pouvant faire que ce qui est juste soit fort, on a fait que ce qui est fort soit juste.
- Hobbes (Léviathan, 1651) : avant l’État, il n’y a ni juste ni injuste ; la justice naît des conventions garanties par le souverain.
- Rawls (Théorie de la justice, 1971) : imaginons des individus qui choisissent les principes de la société sous un voile d’ignorance (sans savoir quelle place ils y occuperont). Ils choisiraient l’égale liberté pour tous, et n’admettraient les inégalités que si elles bénéficient aux plus défavorisés et sont attachées à des positions ouvertes à tous (principe de différence).
À retenir
- Justice : vertu, idéal, institution.
- Droit positif (légal) / droit naturel (invoqué comme critère du légitime).
- Platon : l’anneau de Gygès ; la justice est un bien pour l’âme.
- Aristote : justice corrective, distributive, équité.
- Pascal : justice et force ; Rawls : voile d’ignorance et principe de différence.

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