« C’est naturel » sert souvent d’argument : ce qui est naturel serait normal, bon, voire obligatoire. Mais le mot « nature » a plusieurs sens. Y a-t-il une nature humaine ? L’être humain est-il un être de nature ou de culture ? Doit-il dominer la nature ou la respecter ?

Une question sur ce cours ?
ULU, le tuteur d’ULUMINE, t’aide à partir de ce cours.
Objectifs
- Distinguer les différents sens du mot « nature »
- Réfléchir au rapport entre nature et culture
- Discuter l’idée de nature humaine et d’état de nature
- Interroger notre rapport technique et moral à la nature
1. Les sens du mot « nature »
La nature (ensemble) : Ensemble des êtres et des phénomènes qui existent indépendamment de l’action humaine (le monde physique, le vivant).
La nature d’une chose (essence) : Ce qui fait qu’une chose est ce qu’elle est (« la nature du triangle »).
Nature comme principe : Pour Aristote (Physique, livre II), un être naturel a en lui-même le principe de son mouvement et de son repos (la graine devient arbre), à la différence de l’objet fabriqué, dont le principe est dans l’artisan.
2. Nature et culture
Culture : Tout ce que l’être humain ajoute à la nature : techniques, langues, règles, savoirs, arts, transmis par l’éducation et non par l’hérédité biologique.
- Lévi-Strauss (Les Structures élémentaires de la parenté, 1949) : l’universel relève de la nature, la règle relève de la culture. La prohibition de l’inceste est une règle universelle : elle marquerait le passage de la nature à la culture.
- Merleau-Ponty (Phénoménologie de la perception, 1945) : chez l’homme, on ne peut séparer une couche naturelle et une couche culturelle ; tout est à la fois fabriqué et naturel (même la colère ou l’amour s’expriment selon des codes appris).
- Rousseau (Discours sur l’origine de l’inégalité, 1755) : l’homme se distingue de l’animal par sa perfectibilité et sa liberté, non par une nature fixe.
3. Y a-t-il une nature humaine ?
- Aristote (Politique) : l’homme est par nature un animal politique, fait pour vivre en cité.
- Sartre (L’existentialisme est un humanisme, 1946) : chez l’homme, l’existence précède l’essence ; il n’y a pas de nature humaine définie d’avance, l’homme est ce qu’il se fait.
- État de nature : fiction théorique (Hobbes, Locke, Rousseau) qui imagine les hommes sans État pour comprendre ce que la société ajoute ou corrige. Hobbes le décrit comme une guerre de chacun contre chacun ; Rousseau comme un état d’indépendance paisible.
4. Maîtriser ou respecter la nature ?
- Descartes (Discours de la méthode, VIe partie, 1637) : grâce à une philosophie pratique, nous pourrions nous rendre comme maîtres et possesseurs de la nature, notamment pour la santé.
- Bacon (Novum Organum, 1620) : on ne commande à la nature qu’en lui obéissant, c’est-à-dire en connaissant ses lois.
- Jonas (Le Principe responsabilité, 1979) : la puissance technique moderne menace la nature et les générations futures ; elle impose une nouvelle éthique de la responsabilité.
À retenir
- Nature : ensemble des êtres, essence d’une chose, principe interne de mouvement (Aristote).
- Culture : ce que l’homme ajoute à la nature et transmet par l’éducation.
- Lévi-Strauss : la règle marque la culture ; Merleau-Ponty : nature et culture sont mêlées chez l’homme.
- Sartre : pas de nature humaine prédéfinie.
- Du « naturel » au « bien » : glissement du fait au droit à examiner.

Et maintenant, à toi !
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