Tout le monde veut être heureux, mais personne ne s’accorde sur ce qu’est le bonheur : plaisir, richesse, amour, sagesse, tranquillité ? Le bonheur dépend-il de nous ou de la chance ? Est-il le but de la vie, ou faut-il préférer le devoir, la vérité, la liberté ?

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Objectifs
- Distinguer bonheur, plaisir, joie et satisfaction
- Connaître les grandes conceptions antiques du bonheur
- Comprendre la critique kantienne du bonheur comme fondement de la morale
- Discuter les obstacles au bonheur (désir, divertissement, ennui)
1. Définitions
Bonheur : État de satisfaction complète et durable, qui concerne l’ensemble de la vie. L’étymologie (bon heur, de augurium : bon présage) suggère qu’il dépend de la chance.
Plaisir : Satisfaction ponctuelle liée à un besoin ou à un désir particulier.
2. Les sagesses antiques
| École | Thèse | Moyen |
|---|---|---|
| Aristote (Éthique à Nicomaque) | Le bonheur est le souverain bien, recherché pour lui-même. Il consiste dans l’activité conforme à la vertu, et suppose aussi quelques biens extérieurs. | Exercer ce qui est propre à l’homme : la raison |
| Épicure (Lettre à Ménécée) | Le plaisir est le principe et la fin de la vie heureuse, entendu comme absence de douleur du corps (aponie) et de trouble de l’âme (ataraxie). | Trier ses désirs : naturels et nécessaires, naturels non nécessaires, ni naturels ni nécessaires |
| Stoïciens (Épictète, Manuel ; Sénèque ; Marc Aurèle) | Le bonheur est dans la vertu et la tranquillité de l’âme. | Distinguer ce qui dépend de nous (jugements, désirs) et ce qui n’en dépend pas (corps, biens, réputation) |
3. Bonheur et morale : Kant
Pour Kant (Fondements de la métaphysique des mœurs, 1785), le bonheur est un concept si indéterminé que chacun le désire sans pouvoir dire clairement ce qu’il veut. C’est, selon lui, un idéal de l’imagination plutôt que de la raison. La morale ne peut donc pas se fonder sur le bonheur : dans la Critique de la raison pratique (1788), il précise qu’elle nous enseigne non comment nous rendre heureux, mais comment nous rendre dignes du bonheur.
4. Les obstacles au bonheur
- Pascal (Pensées) : le divertissement nous détourne de penser à notre condition misérable et mortelle ; le malheur des hommes viendrait de ne pas savoir demeurer en repos dans une chambre.
- Schopenhauer (Le Monde comme volonté et comme représentation, 1818) : la vie oscille comme un pendule entre la souffrance (désir insatisfait) et l’ennui (désir satisfait). Le bonheur n’est que négatif : la cessation d’une douleur.
- Rousseau (Julie ou la Nouvelle Héloïse, 1761) : le bonheur est souvent dans l’attente et l’imagination plus que dans la possession.
- Mill (L’Utilitarisme, 1861) : le bonheur n’est pas l’extase continue, mais une existence comportant des plaisirs variés et peu de peines.
À retenir
- Bonheur (global, durable) ≠ plaisir (ponctuel).
- Aristote : activité conforme à la vertu ; Épicure : ataraxie et aponie ; stoïciens : ce qui dépend de nous.
- Kant : le bonheur est indéterminé ; la morale rend digne du bonheur.
- Pascal : divertissement ; Schopenhauer : souffrance et ennui.

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