Parler semble aller de soi. Pourtant, le langage pose de grandes questions : est-il propre à l’être humain ? Est-il un simple outil pour exprimer une pensée déjà formée, ou pensons-nous grâce aux mots ? Les mots disent-ils la réalité ou la trahissent-ils ? Et que fait-on quand on parle : informer, agir, manipuler ?

Une question sur ce cours ?
ULU, le tuteur d’ULUMINE, t’aide à partir de ce cours.
Objectifs
- Distinguer langage, langue, parole et communication
- Comprendre ce qui sépare le langage humain des signaux animaux
- Discuter le rapport entre langage et pensée
- Mobiliser les repères persuader / convaincre et concept / image / métaphore
1. Définitions
Langage : Faculté de communiquer et de penser au moyen de signes.
Langue : Système de signes propre à une communauté (le français, le wolof, la langue des signes française…).
Signe linguistique : Union d’un signifiant (forme sonore ou écrite) et d’un signifié (concept). Pour le linguiste Ferdinand de Saussure, ce lien est arbitraire : rien dans le son « arbre » ne ressemble à un arbre.
Dans le Cratyle, Platon met en scène le débat : les noms sont-ils justes par nature (ils imiteraient les choses) ou par convention ?
2. Le langage est-il propre à l’homme ?
- Aristote (Politique, livre I) : l’homme est un animal politique parce qu’il possède le logos (la parole raisonnée), qui permet de manifester l’utile et le nuisible, le juste et l’injuste ; l’animal n’a que la voix, signe du plaisir et de la douleur.
- Descartes (Discours de la méthode, Ve partie, 1637) : les animaux peuvent émettre des sons, mais aucun n’arrange ses paroles de manière à répondre au sens de tout ce qui se dit devant lui ; le langage manifeste la pensée.
- Les travaux sur la communication animale (danse des abeilles, cris d’alerte de certains singes) montrent des systèmes riches, mais généralement liés à des situations précises, sans la créativité et la réflexivité du langage humain.
3. Langage et pensée
| Position | Idée | Appui |
|---|---|---|
| Le langage traduit la pensée | La pensée existe d’abord, les mots l’expriment plus ou moins bien. | Expérience de « chercher ses mots » |
| On pense dans les mots | Une pensée sans mots reste confuse ; c’est en la formulant qu’on la rend déterminée. | Hegel (Encyclopédie des sciences philosophiques) : vouloir penser sans les mots serait une tentative insensée |
| Les mots trahissent l’expérience | Les mots généraux simplifient le réel et masquent ce qu’il a d’individuel. | Bergson (Le Rire, 1900) : nous ne voyons souvent que les étiquettes collées sur les choses |
4. Le pouvoir des mots
- Persuader / convaincre : convaincre, c’est emporter l’adhésion par des raisons valables pour tout esprit ; persuader, c’est l’obtenir en jouant sur les émotions, l’intérêt ou le prestige.
- Platon (Gorgias) : Socrate critique la rhétorique des sophistes, capable de persuader sans transmettre de savoir, et lui oppose la recherche du vrai par le dialogue.
- Austin (Quand dire, c’est faire, 1962 ; philosophe anglais hors de la liste d’auteurs du programme) : certains énoncés sont des actes (« je promets », « je vous déclare unis ») ; ils ne décrivent pas, ils font ce qu’ils disent. On les appelle performatifs.
À retenir
- Signe = signifiant + signifié ; lien arbitraire selon Saussure.
- Aristote et Descartes : le langage humain manifeste la raison et la pensée.
- Hegel : on pense dans les mots ; Bergson : les mots sont des étiquettes qui simplifient.
- Convaincre (raisons) ≠ persuader (affects) ; Austin : dire, c’est parfois faire.

Et maintenant, à toi !
Vérifie que tu as compris avec les exercices, puis révise avec la fiche.