Le temps est partout : nous le mesurons, le perdons, le gagnons, le subissons. Pourtant, il est difficile à définir : le passé n’est plus, l’avenir n’est pas encore, et le présent ne cesse de passer. Le temps est-il une réalité du monde ou une forme de notre esprit ? Et comment vivre, en êtres mortels, dans le temps ?

Une question sur ce cours ?
ULU, le tuteur d’ULUMINE, t’aide à partir de ce cours.
Objectifs
- Distinguer temps mesuré (objectif) et temps vécu (subjectif)
- Connaître les analyses d’Aristote, d’Augustin, de Kant et de Bergson
- Réfléchir au rapport au présent, à la mémoire et à la mort
- Mobiliser les repères absolu / relatif et objectif / subjectif
1. Le paradoxe du temps
Dans les Confessions (livre XI), Augustin remarque qu’il sait ce qu’est le temps tant qu’on ne le lui demande pas, mais qu’il ne sait plus l’expliquer dès qu’il veut le faire. Il relève le paradoxe : le passé n’est plus, l’avenir n’est pas encore, et le présent, s’il demeurait, ne serait plus du temps mais de l’éternité.
Sa solution : le temps existe dans l’esprit, sous trois formes : le présent du passé (la mémoire), le présent du présent (l’attention), le présent de l’avenir (l’attente). Il parle d’une « distension » de l’âme.
2. Temps objectif, temps subjectif
| Approche | Thèse | Auteur |
|---|---|---|
| Temps du monde | Le temps est le nombre du mouvement selon l’avant et l’après : il est lié au changement. | Aristote (Physique, livre IV) |
| Forme de l’esprit | Le temps n’est pas une chose perçue, mais une forme a priori de notre sensibilité, condition de toute expérience. | Kant (Critique de la raison pure, 1781) |
| Durée vécue | Le temps vécu est une durée continue et qualitative ; le temps mesuré le spatialise en instants juxtaposés. | Bergson (Essai sur les données immédiates de la conscience, 1889) |
Bergson : l’attente du sucre
Dans L’Évolution créatrice (1907), Bergson évoque le temps qu’il faut attendre pour qu’un morceau de sucre fonde dans un verre d’eau : ce temps-là ne peut être ni allongé ni raccourci, il coïncide avec notre impatience, avec une durée vécue.
3. Vivre dans le temps
- Pascal (Pensées) : nous ne vivons presque jamais au présent ; nous regrettons le passé ou anticipons l’avenir, si bien que nous ne vivons pas, mais espérons vivre.
- Épicure (Lettre à Ménécée) : la mort n’est rien pour nous, puisque quand nous sommes, la mort n’est pas là, et quand elle est là, nous ne sommes plus.
- Sénèque (De la brièveté de la vie) : la vie n’est pas courte, c’est nous qui la gaspillons ; il faut se réapproprier son temps.
- Heidegger (Être et temps, 1927) : l’existence humaine est « être-pour-la-mort » ; assumer sa finitude rend possible une existence authentique.
À retenir
- Augustin : le temps est dans l’esprit (mémoire, attention, attente).
- Aristote : le temps comme nombre du mouvement ; Kant : forme a priori de la sensibilité.
- Bergson : durée vécue, qualitative, opposée au temps spatialisé des horloges.
- Pascal, Épicure, Sénèque, Heidegger : bien vivre dans le temps et face à la mort.

Et maintenant, à toi !
Vérifie que tu as compris avec les exercices, puis révise avec la fiche.