Qu’est-ce qui fait une nation ? Une langue, une histoire, un territoire, mais aussi une volonté de vivre ensemble. En 1882, l’historien Ernest Renan décrivait l’existence d’une nation comme « un plébiscite de tous les jours ». Comment la France se définit-elle comme une communauté nationale ouverte, comment entretient-elle sa mémoire, et comment se protège-t-elle ?

Une question sur ce cours ?
ULU, le tuteur d’ULUMINE, t’aide à partir de ce cours.
Objectifs
- Connaître les modes d’acquisition de la nationalité française
- Distinguer nationalité, citoyenneté française et citoyenneté européenne
- Comprendre les enjeux des politiques mémorielles
- Définir la sécurité nationale et identifier les menaces contemporaines
1. Devenir français : une communauté ouverte
| Mode | Principe | Référence |
|---|---|---|
| Droit du sang | Est français l’enfant dont au moins un parent est français | Code civil, art. 18 |
| Double droit du sol | Est français l’enfant né en France d’un parent lui-même né en France | Code civil, art. 19-3 |
| Droit du sol différé | L’enfant né en France de parents étrangers devient français à sa majorité s’il réside en France et y a résidé au moins cinq ans depuis l’âge de 11 ans (déclaration anticipée possible dès 13 ans) | Code civil, art. 21-7 et 21-11 |
| Mariage | Déclaration possible après quatre ans de mariage avec un Français, sous conditions | Code civil, art. 21-2 |
| Naturalisation | Décision de l’État, en principe après cinq ans de résidence, avec conditions d’assimilation (langue, connaissance des droits et devoirs) | Code civil, art. 21-17 et suivants |
Des personnalités d’origine étrangère ont marqué l’histoire nationale : Marie Curie, née en Pologne, deux fois prix Nobel ; Joséphine Baker, née aux États-Unis, résistante, entrée au Panthéon en 2021 ; Missak Manouchian, né dans l’Empire ottoman, résistant fusillé en 1944, entré au Panthéon en 2024.
2. Nationalité et citoyenneté
- Nationalité : lien juridique entre une personne et un État.
- Citoyenneté française : ensemble des droits civils et politiques (vote, éligibilité) et des devoirs (respect des lois, impôt, défense) attachés à la nationalité, à partir de 18 ans.
- Citoyenneté européenne (traité de Maastricht, 1992) : tout national d’un État membre est citoyen de l’Union. Il peut circuler et séjourner librement, voter et être élu aux élections municipales et européennes dans l’État où il réside, bénéficier de la protection consulaire de tout État membre, pétitionner auprès du Parlement européen.
3. Mémoire et identité nationale
La mémoire est la manière dont une société se souvient de son passé. Les commémorations (8 mai, 11 novembre, 14 juillet, 27 mai journée nationale de la Résistance, 10 mai mémoires de la traite et de l’esclavage) peuvent souder la Nation, mais les mémoires de groupes différents peuvent aussi s’affronter.
- Lois mémorielles : loi Gayssot (1990), loi du 29 janvier 2001 reconnaissant le génocide arménien, loi Taubira du 21 mai 2001 reconnaissant la traite et l’esclavage comme crimes contre l’humanité.
- Débats : en 2005, un article de loi évoquant le « rôle positif » de la présence française outre-mer provoque une vive controverse ; il est supprimé en 2006. Des historiens ont mis en garde contre l’intervention de la loi dans l’écriture de l’histoire.
- Reconnaissance : le 16 juillet 1995, le président Jacques Chirac reconnaît la responsabilité de l’État français dans la déportation des Juifs de France.
Patriotisme constitutionnel : Attachement des citoyens non à une origine commune, mais aux principes de la Constitution et de la démocratie, et souci de les voir respectés et mieux réalisés. Notion développée par les philosophes allemands Dolf Sternberger puis Jürgen Habermas.
4. Défense et sécurité nationale
Le Livre blanc sur la défense et la sécurité nationale de 2008 introduit la notion de sécurité nationale : il s’agit d’identifier l’ensemble des menaces et des risques susceptibles d’affecter la vie de la Nation (militaires, terroristes, cyberattaques, pandémies, catastrophes) et d’y répondre en associant défense, sécurité intérieure et diplomatie.
- Le président de la République est le chef des armées (Constitution, art. 15) ; la déclaration de guerre est autorisée par le Parlement (art. 35).
- Guerres hybrides : combinaison de moyens militaires et non militaires (cyberattaques, désinformation, pressions économiques, ingérences) qui restent souvent sous le seuil d’un conflit ouvert.
- Défense européenne : l’article 42 § 7 du traité sur l’Union européenne prévoit une assistance mutuelle ; la France l’a invoqué après les attentats du 13 novembre 2015.
- Engagement des jeunes : journée défense et citoyenneté (JDC), service national universel (lancé en 2019, mis en extinction par le gouvernement à partir de 2025), service militaire volontaire, cadets de la République, classes de défense et réserves.
À retenir
- Nationalité : droit du sang (art. 18), double droit du sol (art. 19-3), droit du sol différé (art. 21-7), mariage, naturalisation.
- Citoyenneté européenne (1992) : vote aux municipales et européennes dans l’État de résidence.
- La mémoire peut unir la Nation ou nourrir des conflits ; les lois mémorielles font débat.
- Sécurité nationale (Livre blanc 2008) : répondre à toutes les menaces, y compris hybrides et cyber.

Et maintenant, à toi !
Vérifie que tu as compris avec les exercices, puis révise avec la fiche.